Extraits
Quelques pages pour entrer dans la Cité
Ces extraits sont publiés pour vous donner un avant-goût de l’atmosphère du roman. La suite — et la vérité sur les Architectes — vous attend dans l’ebook.
Le même rêve
Il y a environ dix-huit mois
Puis, il y a environ dix-huit mois, quelque chose a changé, et des gens ont commencé à faire le même rêve.
Pas un rêve similaire, pas un rêve qui partageait des thèmes communs ou des symboles universels — le même rêve, dans ses moindres détails, avec une précision qui défiait toute explication rationnelle. Une cité de cristal s’étendant sous un ciel sans étoiles, un ciel d’un noir si absolu qu’il semblait solide, pressant vers le bas comme une main patiente et immémoriale. Des tours translucides aux proportions impossibles, leurs surfaces traversées de veines lumineuses qui pulsaient lentement, comme les pensées figées d’une intelligence trop vaste pour être comprise.
Au début, les cas étaient isolés, dispersés aux quatre coins du monde — quelques personnes à Lyon, un groupe d’étudiants à Osaka, des habitants d’un village perdu du Nouveau-Mexique. Ces gens ne se connaissaient pas, n’avaient rien en commun. Ils vivaient à des milliers de kilomètres les uns des autres, séparés par des océans et des continents — et pourtant ils se réveillaient chaque matin avec les mêmes images derrière les yeux, les mêmes dessins sous la main, les mêmes mots sur les lèvres.
Toujours 3 h 47
Lyon, la Presqu’île — avant l’aube
Les chiffres rouges du radio-réveil luisaient dans l’obscurité de la chambre comme une accusation silencieuse, projetant leur lueur cramoisie sur le plafond blanc qu’Élise Vauquelin fixait depuis de longues minutes déjà, parfaitement immobile, attendant que les battements affolés de son cœur ralentissent enfin.
3 h 47. Toujours 3 h 47, depuis maintenant une semaine, comme si quelque chose dans son cerveau s’était déréglé, comme si une alarme intérieure avait décidé de se déclencher chaque nuit à cette heure précise, la tirant brutalement d’un sommeil dont elle ne gardait que des impressions fugaces.
Elle ne se souvenait pas de son rêve — il ne restait qu’une impression diffuse, quelque chose de vaste et de lumineux qui s’effaçait déjà : des structures immenses, des reflets qui n’auraient pas dû exister, une clarté froide qui émanait de surfaces translucides. Et cette sensation troublante, persistante, presque physique, que quelque chose l’avait regardée dormir — que quelque chose avait observé ses rêves avec une attention qui n’avait rien d’humain.
Les reflets sur la Saône
La cuisine, 6 h — le brouillard d’automne sur Lyon
Ils auraient dû être normaux — les lumières des réverbères sur l’eau, les fenêtres éclairées des immeubles d’en face, le va-et-vient ordinaire de la lumière sur une surface liquide.
Mais pendant un instant, si bref qu’elle crut l’avoir imaginé, les reflets lui parurent différents : plus nets qu’ils n’auraient dû l’être, plus géométriques, comme si quelque chose de cristallin se cachait sous la surface sombre du fleuve — formant des angles et des facettes qui n’existaient pas dans le monde réel.
Élise cligna des yeux, une fois, deux fois, et les reflets redevinrent ce qu’ils avaient toujours été. Elle était neurologue, après tout — elle savait mieux que quiconque à quel point le cerveau pouvait jouer des tours quand on ne lui donnait pas suffisamment de repos.
La vérité sur les Architectes vous attend.
297 pages · Édition numérique · Livraison immédiate
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